Etat des lieux et perspectives de l'aidance

Le 5 mars 2021 par Chaire TDTE

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Ce livret de réflexion prospective a été réalisé par la Chaire « Transitions démographiques, Transitions économiques » (TDTE) et Terra Nova dans le cadre de la Rencontre Culture Branches du 5 mars 2021 organisée par AG2R La Mondiale : « 5ème branche « autonomie » : quels nouveaux leviers de négociation pour les branches professionnelles ? ».

Il dresse un tableau de la demande et de l’offre de soins et d’accompagnement des personnes âgées dépendantes en France et dans les pays de l’OCDE. La population des pays de l’OCDE vieillit. Le rapport entre personnes âgées de 65 ans et plus et les 15-64 ans, qui était de 26% en 2010, pourrait atteindre 38% en 2030 et dépasser 50% en 2060 dans l’Union européenne. Ce vieillissement démographique pose la question de la prise en charge et de l'accompagnement des personnes âgées en perte d'autonomie. On constate en France, comme dans de nombreux pays de l’OCDE, une préférence pour le maintien à domicile. Les personnes âgées entrent donc tardivement en établissement (à 85 ans en moyenne), dans un état de santé assez dégradé.

Par ailleurs, les besoins de soins et d’accompagnement sont majoritairement couverts par des soins informels, prodigués par la famille, les voisins, les amis. L’aide informelle couvre en moyenne 60% des besoins au sein de l’Union européenne, avec des disparités importantes : 90% en Grèce vs 15% au Danemark – ce qui ne signifie pas qu’il y a moins d’aidants informels au Danemark, mais que la charge par aidant y est beaucoup plus faible. Selon l’OCDE, les aidants représenteraient 13,5% de la population âgée de 50 ans et plus de 17,5% en France.

Le recours à l’aide informelle résulte non seulement de préférences culturelles mais aussi de l’insuffisante dynamique de l’emploi dans les métiers du soin de longue durée et de l’accompagnement au regard de la progression des besoins liés au vieillissement et à la perte d’autonomie. Il faut dire que ces métiers manquent particulièrement d’attractivité. Que ce soit en établissement ou à domicile, les conditions de travail des aides- soignants et intervenants à domicile sont difficiles : faibles niveaux de rémunération, horaires de travail souvent atypiques, multiplication des temps partiels, multi-salariat, conditions de travail éprouvantes autant sur le plan physique que psychologique, taux d’accidents du travail et de maladies professionnelles très supérieur à la moyenne, arrêts de travail fréquents… Ces situations sont d’autant plus éprouvantes que les professionnels concernés, qui sont très majoritairement des femmes, sont plus âgés (24% ont plus de 50 ans).

Il est urgent de revoir nos modèles traditionnels de prise en charge de la perte d’autonomie pour proposer un modèle plus harmonieux et respectueux des personnes âgées dépendantes, des aidants professionnels comme informels.

De nombreux efforts devront être consentis pour ajuster demande et offre de soins et d’accompagnement des personnes dépendantes dans les années et les décennies qui viennent. L’aidance aussi bien professionnelle qu‘informelle sera nécessaire pour la prise en charge de la dépendance due au vieillissement. Aucun de ces deux mondes, qui sont d’ailleurs souvent amenés à coopérer étroitement, ne pourra seul satisfaire la demande. Des améliorations notables des conditions d’exercice de l’aidance sont donc attendues des deux côtés.

Dans la seconde partie du livret, la Chaire TDTE, s’inspirant de modèles étrangers, observés notamment à Taïwan, au Japon, en Suède et au Danemark, au Québec et en Australie, propose trois axes d’évolutions pour affronter les défis à venir de la prise en charge de la perte d’autonomie, en soulignant la nécessité d’offrir une aide professionnelle plus importante qui pourra, si ce n’est se substituer, du moins compléter l’aide informelle.

1/ Afin de soutenir les aidants informels, elle propose :

  • de créer des centres de ressources permettant d’accompagner et soutenir psychologiquement les aidants les plus fragiles,
  • de prévoir un plan d’aide adapté aux jeunes aidants,
  • de renforcer les dispositifs, tels que le relayage, envers les aidants de personnes souffrant de pathologies lourdes,
  • et enfin de rémunérer au SMIC horaire les aidants actifs qui viennent en aide aux personnes âgées ayant une dépendance lourde.

2/ Afin de valoriser les aidants professionnels et les métiers du grand âge, elle avance des propositions permettant de renforcer les préconisations du rapport El Khomri.

  • Tout d’abord, la volonté de davantage prendre en charge à domicile les personnes âgées dépendantes suppose de sécuriser le domicile et de développer la prévention. Des pistes de réflexion existent à ce jour : financement de l’évaluation d’ergothérapeutes dans les plans APA ; visites à domicile obligatoires pour prévenir la perte d’autonomie et l’isolement.
  • Ensuite, les conditions dégradées de travail et de rémunération des aidants professionnels doivent être revues et revalorisées. La Chaire TDTE propose l’organisation d’une concertation sur l’évolution de la rémunération des métiers du grand âge.
  • L’amélioration des conditions de travail devrait aussi être rendue possible via diverses formations, notamment de bientraitance, dont les effets sont remarquables et qui méritent d’être connus.

3/ Enfin, afin de reconnecter les aidants informels et les aidants professionnels, elle esquisse les contours du métier de « care manager ». Ce métier a pour objectif de faciliter la coordination des soins, le travail des aidants professionnels et de décharger les aidants informels. Le « care manager » est un professionnel qui assure la coordination des services de santé, de soins, ainsi que le suivi régulier du niveau de perte d’autonomie de la personne dépendante, et qui aide à trouver des solutions adaptées.

La particularité du métier de « care manager » est qu’il demande aussi bien des compétences techniques que relationnelles, notamment un rapport de confiance avec la personne âgée dépendante et les aidants informels. Il est donc indispensable de pouvoir définir ses critères d’éligibilité, la structure à laquelle est rattaché le « care manager » et le modèle de financement qui permettra de le rendre accessible indépendamment des revenus.